"Ici, dit Gandalf, sur les rives de la Mer, s'achève notre communauté. Allez en paix ! Je ne dirai pas : ne pleurez pas, car toutes les larmes ne sont pas un mal."

    Il monta à bord ; les voiles furent hissées, le vent souffla, et, lentement, le navire s'en fut en glissant dans le long estuaire gris, sortit en Haute Mer et passa vers l'Ouest, jusqu'à ce qu'enfin, par une nuit pluvieuse, notre ami sentît dans l'air une douce fragrance et entendît flotter sur l'eau un son de chants. Il lui sembla alors que le rideau gris de la pluie se muait en verre argenté qui se repliait ; et il vit des rivages blancs et, au-delà, un lointain pays verdoyant.

C'est le deuxième vieux pote que je perds... en moins de 6 mois.

Après Stephane fin février, c'est Jean-Pierre qui fait le grand voyage.

Stéphane et Jean-Pierre était deux amis de longue date.

Je les ai rencontrés lors de mes évasions oxygénantes de soirées de jeu de rôle durant bon nombre de week-ends de perm pendant mon service militaire. Puis après une période assez longue de réaclimatation lors de mon retour à Paris, je leur dois aussi mon intégration dans un cercle d'amis qui m'est toujours cher tant nous avons vibré de concert.

Que je sois seul, accompagné, heureux ou trop solitaire comme eux, nous partagions de nombreuses soirées, week-end ludiques, des virées délirantes, d'impros théatrales et poétiques, du soutien parfois, et des vacances passées ensembles au sein de notre cercle.

Nous partagions le goût du jeu, de la fantasy, et la camaraderie via nos festivités épicuriennes entre pairs.

Je partageais avec Jean-Pierre cet espèce de détachement du monde et la même passion pour le Seigneur des Anneaux qu'il relisait plus souvent que moi.

Nous avions le même humour, le même grain de folie, et avions trouvé le remède au stress de ce monde et contre la solitude.

Ils ont contribué à mon sursaut sociable, à développer ma convivialité et une bonne part de ma propre dérision, qui perdurent encore à ce jour.

Tous deux partis à 6 mois d'intervalle et à 40 ans à peine...

Mais, pour Sam, la pénombre du soir devenait ténèbres, tandis qu'il se tenait debout au Havre ; et comme il regardait la mer grise, il ne vit plus qu'une ombre sur les eaux, et elle se perdit bientôt à l'Ouest. Il resta là bien avant la nuit, n'entendant plus que le soupir et le murmure des vagues sur les rives de la Terre du Milieu, et leur son lui allait au plus profond du coeur. A côté de lui étaient Merry et Pippin, silencieux.

    Enfin,ils retournèrent lentement vers la Comté ; ils n'échangèrent pas une parole durant tout le trajet, mais chacun trouvait un grand réconfort dans la compagnie de ses amis sur la longue route grise.